Pays de santé

Ensemble, au plus près des besoins de santé.

Les enjeux de la désertification médicale en zone rurale

Interviews croisées du Pr Patrick Choutet, médecin-conseil National de la MSA et du Dr Richard Guédon, Directeur Médical  de Groupama.

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L’offre de soins en milieu rural : quels sont les besoins de la population aujourd’hui ?

Pr Patrick Choutet, MSA : La France se trouve dans une situation un peu paradoxale. Le nombre de médecins n’y a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui : la densité médicale qui était de 275 praticiens pour 100 000 en 1985 est passée en 2005 à 340 pour 100 000 habitants. Le problème est que les praticiens sont mal répartis sur le territoire. La démographie médicale des territoires ruraux en France est ainsi caractérisée par une grande disparité dans la densité et la typologie des praticiens libéraux installés. Les auxiliaires médicaux (kiné, infirmiers), dont les actes sont prescrits par les médecins,  suivent cette tendance.

Dr Richard Guédon, Groupama : Dans le même temps, on observe une augmentation des besoins en santé primaire en France, liée au vieillissement de la population et à la diminution des temps d’hospitalisation, qui entraîne un transfert d’activités vers le secteur ambulatoire. Ceci est particulièrement vrai en zone rurale où la part des plus de 60 ans est supérieure à 30 %, tandis qu’en zone urbaine elle est de 19 % .

Quelles sont les perspectives d’avenir si rien ne change ?

Pr Patrick Choutet, MSA : La diminution du nombre d’étudiants en médecine au cours des années 80 et 90 conduira mécaniquement à une diminution de la densité moyenne des praticiens en France. On estime ainsi que cette densité sera de 283 médecins généralistes pour 100 000 habitants en 2025. La France va revenir quasiment au même niveau qu’en 1985, mais avec des besoins accrus en soins primaires, du fait du vieillissement de la population. »

Dr Richard Guédon, Groupama : Cette baisse s’est amorcée dès 2007/2008 avec plus de départs en retraite que de nouveaux diplômés. L’âge moyen des médecins est de 49 ans, lorsqu’un médecin généraliste part en retraite, par effet domino, les autres praticiens voient mécaniquement leur activité augmenter et dévissent leur plaque à leur tour. C’est pour cela que nous devons réagir maintenant pour éviter de rencontrer de réelles difficultés d’accès aux soins à très court terme, dans 3 ou 4 ans. »

Installation des médecins en zone rurale : quels sont les principaux points de blocage ?

Pr Patrick Choutet, MSA : Premièrement, la désertification médicale s’inscrit dans une dynamique plus générale de désertification des zones rurales par les pouvoirs publics. Mais la principale cause réside dans un rejet des conditions de travail du médecin de campagne d’autrefois, isolé et entièrement dévoué à sa tâche, souvent au détriment de sa vie de famille. La jeune génération de médecins ne veut pas reproduire ce mode de vie professionnel et rêve à un autre modèle de pratique. »

Dr Richard Guédon, Groupama : Cette tendance lourde est certainement influencée par le fait que 65 % des étudiants en médecine sont des femmes aujourd’hui. Du coup, le choix de l’installation du praticien s’inscrit dans un projet de couple. La femme de médecin, qui gérait le secrétariat, n’existe plus. Elle  a été remplacée par un conjoint, diplômé en études supérieures, qui recherche un poste à la hauteur de son profil. D’où la préférence pour s’installer en ville.

Quelles sont les solutions pour attirer la jeune génération de médecins vers les zones rurales ?

Pr Patrick Choutet, MSA : Ces solutions ne doivent pas être basées simplement sur une incitation financière car la question n’est pas uniquement là. En effet, un médecin généraliste gagnera mieux sa vie en s’installant en zone rurale qu’en ville où la concurrence est plus forte. Il faut que ces solutions apportent un environnement de travail confortable pour le médecin généraliste. Cela passe par un travail de groupe, des collaborations entre professionnels de santé pour les pathologies chroniques par exemple, et une aide à l’organisation administrative. Ces solutions doivent permettre aux médecins de se concentrer sur le diagnostic et la prescription de traitements.

Dr Richard Guédon, Groupama : Les conditions d’exercice changent et les solutions apportées doivent s’adapter à ce changement. Il y a une vraie demande des médecins pour le travail en groupe aujourd’hui. Or en France 60 % des médecins travaillent seuls. Dans d’autres pays du nord de l’Europe, les médecins généralistes sont regroupés dans des cabinets de groupe, souvent pluridisciplinaires, qui sont de véritables petits centres de santé. Ils peuvent procéder à des examens biologiques et ils disposent parfois de plateaux techniques pour la petite chirurgie. Tout ceci est rendu possible car ils disposent de la technique et du personnel pour le faire (infirmière, assistante médicale…). C’est sur ce modèle de regroupement et de coopération entre professionnels de santé que nous devons nous baser pour apporter des solutions efficaces.

Quels sont les atouts de Pays de Santé pour relever ces défis ?

Pr Patrick Choutet, MSA : Ce projet propose une voie intéressante : s’adapter aux besoins d’une population sur un territoire donné. Il ne s’agit pas ici d’imposer un modèle ou une structure mais de trouver des solutions en concertation avec tous les acteurs locaux. Le mode collaboratif entre tous les acteurs me semble indispensable pour que ces solutions fonctionnent sur le long terme.  Ce faisant, nous anticipons sur ce que prévoit le projet de loi HPST qui devrait permettre la mise en place de conférences sanitaire infrarégionales.

Dr Richard Guédon, Groupama : Pays de Santé est une piste intéressante pour traiter de façon pragmatique les problèmes liés à la désertification médicale. En effet, cette intégration de services et de fonctions décentralisés, assortie d’une gouvernance locale co-assumée par les usagers, constituera une innovation majeure pour l’organisation des soins ambulatoires en zone rurale et devrait permettre d’accompagner la baisse inéluctable du nombre des professionnels de ces zones en préservant, voire en améliorant, la qualité des soins apportés.

Quel est le déploiement potentiel de Pays de Santé ?

Pr Patrick Choutet, MSA : La réussite de ce projet sera totale si nous permettons à d’autres départements de se l’approprier pour améliorer l’accès aux soins sur leur territoire. Cette expérimentation doit conduire à une solution efficace pour améliorer la qualité des soins, facilement adaptable et viable économiquement.

Dr Richard Guédon, Groupama : Le potentiel du projet va au-delà des zones rurales : un tel modèle d’organisation peut en effet être proposé indépendamment de la démographie médicale du secteur considéré.

30 Jan, 2009 • Catégorie: Actualités, Dossiers de presse, Pays de santé Dordogne

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